La démocratie poursuit son recul en Afrique. Selon le rapport 2026 de l’Institut Varieties of Democracy (V-Dem), basé à l’Université de Göteborg, en Suède, une dizaine des 55 pays africains sont désormais classés parmi les régimes autocratiques fermés, tandis que 26 autres sont considérés comme des autocraties électorales.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance mondiale marquée par un net recul des acquis démocratiques. Dans son rapport sur l’état de la démocratie dans le monde, V-Dem estime que « la démocratie est revenue à son niveau de 1978 pour le citoyen moyen à l’échelle mondiale ».
L’institut constate ainsi un effacement presque total des acquis de la « troisième vague de démocratisation », amorcée en 1974 au Portugal avec la Révolution des Œillets, avant de s’étendre à de nombreuses régions du monde.
Le poids des régimes autoritaires augmente
À la fin de l’année 2025, le monde comptait 92 autocraties contre 87 démocraties. Selon V-Dem, 74 % de la population mondiale, soit environ six milliards de personnes, vivaient alors sous des régimes autocratiques. À l’inverse, seulement 7 % de la population mondiale, soit environ 600 millions de personnes, vivaient dans des démocraties libérales.
Pour l’institut, cette situation traduit un profond renversement par rapport à l’optimisme démocratique qui avait marqué les premières années du XXIᵉ siècle.
« Presque tous les aspects de la démocratie ont connu un recul considérable au cours de la dernière décennie », souligne V-Dem. En 2025, la liberté d’expression a notamment régressé dans 44 pays, tandis que les pratiques de torture continuent d’être utilisées pour réprimer l’opposition politique. Par ailleurs, 33 pays ont enregistré une détérioration significative de leur situation démocratique.
L’Afrique subsaharienne particulièrement touchée
Le constat est également préoccupant en Afrique subsaharienne. Selon V-Dem, le niveau de démocratie dans la région est désormais comparable à celui du début des années 2000.
Deux phénomènes expliquent principalement cette évolution : la multiplication des coups d’État militaires, particulièrement dans la région du Sahel, et le renforcement des régimes autocratiques.
L’Institut cite notamment la République centrafricaine, le Mozambique et le Togo parmi les pays contribuant à cette évolution négative.
La situation est d’autant plus préoccupante que 66 % de la population d’Afrique subsaharienne vivent désormais sous des régimes autocratiques.
Les autocraties électorales, qui comprennent notamment l’Éthiopie, la Tanzanie et l’Ouganda, concentrent à elles seules 48 % de la population régionale. Environ 14 % vivent dans des autocraties fermées.
À l’opposé, seulement 10 % de la population résident dans des démocraties électorales, parmi lesquelles le Botswana, le Ghana et l’Afrique du Sud. Quelque 24 % vivent dans des pays classés dans une « zone grise » démocratique, comme le Kenya et le Nigeria.
Trois tendances majeures
V-Dem identifie trois grandes tendances dans la vague actuelle d’autocratisation : le recul de la démocratie dans certaines démocraties traditionnellement stables, les revers ou l’effondrement des systèmes démocratiques dans des pays qui s’étaient démocratisés à la fin du XXᵉ et au début du XXIᵉ siècle, ainsi que le renforcement des régimes déjà autoritaires.
Pour l’Afrique, ces conclusions constituent un sérieux avertissement. Les espoirs nés des avancées démocratiques enregistrées au cours des dernières décennies semblent aujourd’hui fragilisés par les coups d’État, la concentration du pouvoir et le recul des libertés publiques.
Le rapport de V-Dem met ainsi en évidence une transformation profonde du paysage politique africain, où les régimes autoritaires occupent une place de plus en plus importante, tandis que les démocraties peinent à préserver leurs acquis.
Henriette Mara www.vision224.com

