Après les démolitions intervenues aux abords de la décharge de Dar-es-Salam, une nouvelle opération touche désormais la zone de Gbessia, à Conakry. Les immeubles situés dans les environs de l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré et de la base militaire de Yimbaya sont concernés par cette mesure présentée comme liée à des impératifs de sécurité de l’État.
Les premières opérations ont débuté ce lundi avec le décoiffage des toitures de certains bâtiments. Plusieurs propriétaires et locataires affirment toutefois avoir été informés dans des délais particulièrement courts.
Parmi les personnes concernées, Amadou Camara, qui dit avoir acheté sa propriété en 1972, affirme avoir reçu la visite des autorités dimanche. Selon lui, la justification avancée repose sur des considérations sécuritaires.« J’ai acheté ici depuis 1972. Ils sont venus nous trouver ici hier dimanche. Ils nous ont instruit de démanteler notre immeuble. Nous avons demandé pourquoi ? Ils nous ont dit que c’est pour la sécurité d’État », a-t-il expliqué.
Le propriétaire assure ne pas vouloir s’opposer à la décision des autorités, mais demande une prise en charge des personnes affectées par l’opération.« Nous ne nous opposerons pas à cela, parce que certainement, notre sécurité en dépend aussi. Cependant, nous plaidons pour une indemnisation rapide », a-t-il ajouté.
Du côté des locataires, la principale inquiétude concerne le délai accordé pour quitter les bâtiments. Maître Soumah, résident du quartier Tanènè Mosquée, affirme avoir rencontré une équipe composée notamment d’agents de la gendarmerie et de l’Habitat.
Selon lui, les occupants auraient été invités à libérer les lieux dans un délai de 48 heures, alors que les travaux de démolition devaient débuter ce lundi.« Je leur ai dit que je suis un locataire, mais je crois que ce n’est pas évident de venir déloger les gens en plein hivernage. Nous sommes dans un bâtiment privé », a-t-il déclaré.
Il affirme également qu’aucune mesure d’accompagnement ne leur aurait été annoncée à ce stade.« Tout ce qu’ils peuvent nous dire, c’est d’arranger les effets et de libérer dans les 48 heures qui suivent », a-t-il déploré.
La situation est d’autant plus préoccupante pour les locataires qu’ils doivent trouver rapidement un nouveau logement et supporter les frais liés au déménagement.D’après les informations communiquées aux habitants, les travaux ne devraient pas nécessairement entraîner la démolition totale de tous les bâtiments concernés. Certains immeubles pourraient être réduits jusqu’au niveau du premier étage.
Mais pour Maître Soumah, cette situation représente également un risque pour les occupants des niveaux inférieurs.« Ils ont dit qu’ils vont diminuer jusqu’au niveau du premier. C’est-à-dire troisième et deuxième. Le premier niveau va rester. Mais imaginez, moi, j’habite au premier. Est-ce qu’on peut déloger, on peut tailler ça, qu’il soit à l’intérieur ? Ce sont des risques », a-t-il souligné.
Dans la zone de la base militaire de Yimbaya, Fanta Conté affirme, pour sa part, avoir été informée d’une demande de libération des maisons dans un délai de seulement 24 heures.Elle dit avoir appris la nouvelle samedi matin par des mécaniciens présents dans la zone, qui lui auraient indiqué que des militaires étaient venus demander aux occupants de quitter les lieux.
Selon elle, les autorités locales n’auraient pas été en mesure de lui fournir davantage d’informations.« On est là, on attend, on ne sait pas quoi faire. On n’a pas là où aller », a-t-elle témoigné.Fanta Conté appelle les autorités à accorder davantage de temps aux habitants afin de leur permettre de s’organiser.« Le mieux est de venir nous voir et s’asseoir avec nous, nous donner un délai. Mais ils n’ont pas fait ça, ils ont juste dit 24 heures. Comment on va faire dans les 24 heures ? », s’interroge-t-elle.
Entre impératifs sécuritaires invoqués par les autorités et difficultés rencontrées par les occupants, l’opération à Gbessia suscite ainsi de nombreuses inquiétudes. Les habitants concernés demandent principalement un délai raisonnable, une concertation et des mesures d’accompagnement, notamment pour les personnes contraintes de quitter leurs logements.
Saloun Touré www.vision224.com

