KENGE – Le crash du Let 410 à Kenge ravive le débat sur les infrastructures aéroportuaires et les capacités de secours dans la province du Kwango, en République démocratique du Congo.
L’ancien aérodrome de Kenge avait été désaffecté sous le gouvernorat de Jean-Marie Petipeti Tamata. Le site, qui relevait de la Régie des voies aériennes (RVA), aurait progressivement été occupé après la redistribution de plusieurs lopins de terre à des particuliers. Des habitations auraient également été détruites à cette période.
À l’époque, les autorités provinciales avaient annoncé la création d’un nouvel aéroport du côté du village Kingulu. Plusieurs années plus tard, ce projet n’a toutefois pas encore abouti. Kenge reste ainsi dépourvue d’une infrastructure aérienne opérationnelle susceptible notamment d’accueillir un appareil en situation d’urgence.
Le crash du Let 410 a remis cette question au cœur des discussions dans la ville. Selon plusieurs témoins, l’appareil semblait rencontrer des difficultés dans les instants précédant sa chute et aurait cherché un endroit où se poser.
« Il y aurait un souci là-haut, et l’avion avait besoin de se poser », ont rapporté plusieurs personnes ayant aperçu l’appareil approcher du sol.
Sur le lieu du drame, certains habitants ont également exprimé leur colère face à la disparition de l’ancien aérodrome. Deux jeunes rencontrés par notre équipe ont notamment estimé que la présence d’une piste aurait pu offrir une possibilité supplémentaire à l’équipage.
Ces déclarations restent toutefois des témoignages et reflètent la perception des habitants. Elles ne permettent pas, à elles seules, d’établir qu’une piste d’atterrissage aurait effectivement permis d’éviter le crash. Seule l’enquête technique pourra déterminer les circonstances précises de l’accident, l’état de l’appareil et les possibilités dont disposait réellement l’équipage dans les dernières minutes du vol.
Des moyens de secours jugés insuffisants
Au-delà de la question de l’aéroport, l’accident a également mis en lumière les difficultés rencontrées par Kenge en matière de secours d’urgence.
En l’absence notamment de moyens adéquats de lutte contre les incendies, l’aéronef est resté en proie aux flammes pendant plusieurs heures, selon les informations recueillies sur place.
L’accès au lieu du crash aurait également été compliqué par l’état des routes. Une situation qui renvoie plus largement aux problèmes d’enclavement auxquels sont confrontées certaines zones de Kenge et de la province du Kwango.
Dans plusieurs quartiers, des habitants utilisent ou aménagent eux-mêmes d’anciens axes et passages pour faciliter la circulation, faute d’infrastructures routières et d’aménagements urbains suffisants.
Le Kwango face à ses besoins en infrastructures
Le drame de Kenge remet ainsi au premier plan les besoins de la province en matière de transport, de voirie, d’urbanisme, de secours d’urgence et d’infrastructures aéroportuaires.
Située à plusieurs heures de route de Kinshasa, selon l’état de la circulation et des axes routiers, Kenge occupe pourtant une position géographique importante. Sa proximité avec la capitale lui vaut parfois d’être présentée comme une forme de prolongement de Kinshasa, voire comme sa « 25ᵉ commune ».
Mais derrière cette proximité géographique, les habitants restent confrontés à d’importants déficits d’infrastructures essentielles.
Le crash du Let 410, au-delà de la douleur provoquée par cette tragédie, pourrait ainsi relancer le débat sur les investissements nécessaires dans le Kwango. La question est désormais de savoir si ce drame conduira les autorités nationales et provinciales à réexaminer les infrastructures dont la province a besoin, notamment celles destinées à faciliter l’intervention des secours et à sauver des vies en situation d’urgence.
Henriette Mara www.vision224.com

