CONAKRY – La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) poursuit l’examen de plusieurs dossiers impliquant d’anciens hauts responsables de l’État guinéen. Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense nationale sous la présidence d’Alpha Condé, Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle, et Albert Damantang Camara, ancien ministre de la Sécurité et de la Protection civile, figurent parmi les personnalités dont les affaires judiciaires retiennent l’attention.
Entre réquisitions sévères du parquet, attente de verdicts et contestations de procédure, ces dossiers illustrent les enjeux liés à la lutte contre les infractions économiques et financières en Guinée.
Mohamed Diané : le parquet réclame dix ans de prison en appel
Le dossier de Dr Mohamed Diané demeure l’un des plus suivis devant la CRIEF. Condamné en décembre 2024 à cinq ans d’emprisonnement par la chambre de jugement, l’ancien ministre de la Défense nationale voit désormais sa situation examinée en appel.
Lors de l’audience du jeudi 23 juillet, le ministère public a requis un alourdissement de sa peine, demandant dix ans d’emprisonnement, une amende de 50 milliards de francs guinéens ainsi que la confiscation de ses biens au profit de l’État.
Les poursuites engagées contre l’ancien ministre portent sur des faits présumés de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux. Selon l’accusation, les montants concernés s’élèveraient à 511 milliards de francs guinéens, soit environ 50,9 millions d’euros.
La prochaine audience est annoncée pour le jeudi 15 octobre devant la chambre des appels de la CRIEF. Cette échéance pourrait constituer une étape importante dans cette procédure, alors que la juridiction doit examiner les éléments du dossier et les réquisitions du parquet.
Mohamed Lamine Bangoura : le verdict renvoyé
Autre dossier sous surveillance, celui de Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle. Poursuivi devant la chambre de jugement de la CRIEF, il est notamment mis en cause dans une affaire liée à la gestion de la subvention annuelle de l’institution, évaluée à 20 milliards de francs guinéens.
Dans ses réquisitions, le ministère public avait demandé dix ans d’emprisonnement ferme, une amende de 50 milliards de francs guinéens et la confiscation de l’ensemble des biens du prévenu au profit de l’État.
Le parquet avait également sollicité la prise en charge des biens concernés par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), ainsi que l’affichage de la décision à intervenir.
Initialement attendu le 27 juillet 2026, le verdict a été reporté. La prochaine audience est annoncée pour le 14 octobre.
L’attente autour de cette affaire s’explique notamment par les montants évoqués dans la procédure, mais également par les fonctions institutionnelles autrefois exercées par Mohamed Lamine Bangoura à la tête de la Cour constitutionnelle.
Albert Damantang Camara : la procédure contestée par la défense
Le dossier d’Albert Damantang Camara, ancien ministre de la Sécurité et de la Protection civile et ancien ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, connaît une évolution différente.
Le mercredi 20 mai, les contestations soulevées par ses avocats ont conduit la juridiction saisie à se retirer du dossier. La défense a notamment mis en cause la composition de la chambre, estimant que celle-ci ne présentait pas toutes les garanties d’impartialité nécessaires à la tenue d’un procès équitable.
Cette démarche a ouvert un nouveau chapitre procédural dans une affaire portant sur des montants considérables.
Selon l’ordonnance de renvoi, Albert Damantang Camara est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics portant sur plus de 222 milliards de francs guinéens dans un premier volet et plus de 17,3 milliards dans un second.
Les faits visés couvrent la période allant de 2011 à 2021, notamment les années durant lesquelles il a dirigé le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle.
Les contestations de la défense placent ainsi la régularité de la procédure et les garanties d’un procès équitable au cœur des débats entourant cette affaire.
Des échéances judiciaires décisives
Avec ces trois dossiers, la CRIEF reste au centre de l’attention judiciaire en Guinée. Pour Mohamed Diané, l’enjeu porte désormais sur l’issue de la procédure d’appel et les réquisitions du ministère public. Pour Mohamed Lamine Bangoura, l’attente concerne la nouvelle date annoncée pour le verdict. Quant à Albert Damantang Camara, son affaire demeure marquée par les contestations relatives à la composition de la juridiction.
Au-delà des montants avancés et des sanctions réclamées par le parquet, ces procédures relancent le débat sur la reddition des comptes, la transparence dans la gestion des finances publiques et la responsabilité des anciens dirigeants de l’État.
Leur évolution sera également observée au regard du respect des règles de procédure et du droit de chaque prévenu à un procès équitable. Si la lutte contre les infractions économiques et financières constitue un enjeu majeur pour les institutions guinéennes, les décisions attendues devront être rendues dans le respect des garanties judiciaires et de la présomption d’innocence.
Henriette Mara www.vision224.com

