CONAKRY – La situation des travailleurs de Cellcom Guinée continue de susciter de vives inquiétudes au sein de la Fédération syndicale autonome des télécommunications (FESATEL). Confrontés à plusieurs mois de salaires impayés et à des propositions de réduction temporaire de leurs rémunérations, les employés de l’opérateur de téléphonie mobile attendent toujours l’ouverture de négociations officielles. Face à cette impasse, le secrétaire général de la FESATEL, Abdoulaye Barry, interpelle les autorités guinéennes et appelle à une intervention urgente pour trouver une issue à cette crise.
Dans sa démarche, le responsable syndical sollicite notamment l’implication de l’Inspection générale du travail, du ministère du Travail et de l’Emploi, de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT), ainsi que des plus hautes autorités du pays.
Selon Abdoulaye Barry, la FESATEL a déjà saisi les autorités compétentes afin d’attirer leur attention sur les difficultés rencontrées par les travailleurs de Cellcom Guinée. Si des démarches ont été entreprises au niveau du ministère du Travail, les négociations attendues entre la direction de l’entreprise et les représentants des employés n’ont toujours pas commencé.
Des négociations toujours attendues
Le secrétaire général de la FESATEL a toutefois salué les démarches de la secrétaire générale du ministère du Travail et de l’Emploi, qui assure actuellement l’intérim à la tête du département. Celle-ci a reçu les représentants de la fédération et donné des instructions pour l’ouverture de discussions autour du dossier Cellcom Guinée.
« Nous saluons vivement les démarches initiées par Madame la secrétaire générale, qui nous a reçus dans son bureau. Actuellement, il faut le rappeler, c’est elle qui fait office de ministre, parce qu’elle assure l’intérim du ministère. Nous avons donc échangé sur le point concerné, surtout le cas de Cellcom Guinée », a déclaré Abdoulaye Barry.
À l’issue de cette rencontre, la secrétaire générale aurait demandé à l’Inspection générale du travail de prendre les dispositions nécessaires pour engager les négociations entre les différentes parties. Mais, selon le responsable syndical, cette instruction n’a pas encore été suivie d’effet.
« Cellcom Guinée est une société de téléphonie qui est aujourd’hui sur place, et les travailleurs de cette société ont fait beaucoup de mois sans être payés. Madame la secrétaire générale nous a reçus. Elle a demandé à Monsieur l’inspecteur général du travail d’ouvrir des négociations dans ce sens. Mais, pour le moment, ces négociations ne sont pas ouvertes », a-t-il déploré.
Pour la FESATEL, cette situation exige une réaction rapide des autorités, compte tenu des difficultés financières auxquelles les employés sont confrontés depuis plusieurs mois.
La réduction des salaires au cœur des préoccupations
Au-delà des retards de paiement, le syndicat s’inquiète également de la démarche de la direction de Cellcom Guinée, qui aurait directement contacté les représentants des travailleurs pour discuter des conditions de levée du mot d’ordre de grève.
Selon Abdoulaye Barry, ces échanges auraient également porté sur une proposition de réduction temporaire des salaires, alors même que les négociations officielles demandées par les autorités n’ont pas encore été ouvertes.
« Nous avons été un peu surpris que l’entreprise appelle en interne nos représentants de Cellcom pour qu’ils discutent de la levée du mot d’ordre de grève, conditionnée au paiement de leurs salaires, et, en même temps, leur fasse des propositions allant dans le sens d’une diminution temporaire des salaires », a-t-il expliqué.
Cette proposition est vivement contestée par la FESATEL, qui estime que les travailleurs ne devraient pas supporter davantage les conséquences des difficultés de l’entreprise. Pour la fédération, la priorité reste le règlement des salaires impayés et la recherche d’une solution durable permettant de préserver les emplois et les droits des salariés.
Des licenciements économiques déjà dénoncés
Le responsable syndical rappelle également que les travailleurs de Cellcom Guinée auraient déjà subi plusieurs vagues de licenciements économiques depuis l’arrivée de l’actionnaire actuel.
« J’ai été clair avec la délégation. Il y a eu beaucoup de licenciements pour motif économique depuis que cet actionnaire est arrivé. Il y a eu plus de deux cas de licenciements pour motif économique. Le premier concernait une vingtaine de travailleurs. Le second concernait également une dizaine de travailleurs qui ont été licenciés pour motif économique », a précisé Abdoulaye Barry.
Pour la FESATEL, ces suppressions de postes, cumulées aux retards de paiement des salaires, aggravent la précarité des employés et renforcent la nécessité d’une intervention des autorités compétentes.
Le syndicat rejette ainsi toute nouvelle mesure susceptible d’affecter les rémunérations des travailleurs, alors que ceux-ci attendent déjà le versement de plusieurs mois de salaires.
« Aujourd’hui, diminuer les salaires des travailleurs, nous estimons que cette mesure n’est vraiment pas bonne. C’est pourquoi nous attendons que l’inspecteur général du travail appelle rapidement les parties, parce que Madame la secrétaire générale a donné des instructions pour que les négociations soient ouvertes et qu’on puisse trouver une solution à Cellcom », a-t-il insisté.
La FESATEL propose l’ouverture du capital ou la cession de Cellcom
Face à cette crise, Abdoulaye Barry estime que la résolution des difficultés de Cellcom Guinée passe par des décisions susceptibles de renforcer les capacités financières de l’entreprise et de relancer ses activités.
La première option défendue par la fédération consiste à permettre l’entrée de nouveaux investisseurs dans le capital de l’opérateur. Selon le secrétaire général de la FESATEL, cette ouverture pourrait apporter les ressources nécessaires au développement du réseau et contribuer au paiement des salaires dus aux travailleurs.
« Aujourd’hui, pour nous, les solutions sont très simples. Soit l’actionnaire qui a repris Cellcom accepte de rouvrir le capital afin que d’autres actionnaires puissent y entrer et investir. Le réseau pourra alors se développer et les travailleurs pourront être payés », a-t-il proposé.
Cette solution permettrait, selon le syndicat, de mobiliser de nouveaux financements pour soutenir les activités de l’entreprise et améliorer sa situation financière.
À défaut d’un accord sur l’ouverture du capital, la FESATEL estime qu’une autre possibilité devrait être envisagée : la cession de l’entreprise à un repreneur disposant des capacités nécessaires pour redresser ses activités et honorer ses engagements envers les travailleurs.
Les autorités appelées à agir rapidement
Pour la FESATEL, l’urgence est désormais à l’action. La fédération attend de l’Inspection générale du travail qu’elle convoque rapidement les parties afin d’engager un dialogue formel et d’examiner les différentes options de sortie de crise.
Au-delà du paiement des salaires impayés, l’enjeu est de garantir les droits des travailleurs, de préserver les emplois restants et de créer les conditions d’une relance durable de Cellcom Guinée.
En attendant l’ouverture des négociations, les inquiétudes demeurent au sein du personnel. Le syndicat, de son côté, maintient la pression sur les autorités et la direction de l’entreprise, estimant qu’une réduction des rémunérations ne saurait constituer une réponse satisfaisante à une crise dont les employés subissent déjà lourdement les conséquences.
Henriette Mara www.vision224.com

