Le gouvernement sénégalais devra revoir sa copie. Le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 a essuyé, ce vendredi 30 octobre, un deuxième rejet à la Commission des finances de l’Assemblée nationale. Les commissaires ont majoritairement voté contre le texte, estimant que les réponses apportées par l’exécutif aux réserves précédemment formulées restent insuffisantes.
Dans un communiqué publié le même jour à Dakar, le groupe parlementaire Pastef – Les Patriotes affirme que les réponses du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan au mémorandum transmis par la Commission le 26 octobre « demeurent insuffisantes et insatisfaisantes ». Le groupe parlementaire reproche également au gouvernement de n’avoir apporté aucune modification au projet initial. En conséquence, les commissaires ont décidé de ne pas adopter le texte « en l’état ».
Ce nouveau vote défavorable intervient après un premier rejet enregistré le 23 octobre, au terme de deux journées de travaux. À cette occasion, les commissaires avaient reconnu la nécessité d’une révision budgétaire, tout en soumettant cinq principales exigences au gouvernement : préserver les investissements publics et les priorités sociales, protéger le pouvoir d’achat des populations, clarifier l’utilisation des 120 milliards de francs CFA prévus dans le cadre du projet CERP, réduire le train de vie de l’État et garantir la sincérité des données relatives au déficit et à la dette.
Ces préoccupations demeurent au cœur du désaccord entre la majorité parlementaire et l’exécutif. Dans son communiqué, Pastef – Les Patriotes dénonce notamment un « manque de sincérité budgétaire concernant le déficit et la dette », l’insuffisance des mesures destinées à lutter contre la vie chère et à préserver le pouvoir d’achat, ainsi que des incohérences dans les choix d’investissement public et les priorités sociales.
Le groupe parlementaire pointe également un manque de transparence dans la gestion des finances publiques. Il déplore le refus persistant du gouvernement de transmettre plusieurs documents réclamés par les commissaires, notamment le rapport de Forvis Mazars, celui de l’Inspection générale des finances (IGF) sur la dette non financière, le rapport d’exécution budgétaire de septembre 2026 et la liste des SNPE bénéficiaires de transferts au titre de l’année 2026.
À ces différentes réserves s’ajoutent, selon le groupe parlementaire, le refus de rationaliser les agences publiques et l’absence de mesures suffisantes pour encadrer les fonds spéciaux.
Toutefois, ce double rejet en Commission des finances ne signifie pas que le projet de loi de finances rectificative 2026 est définitivement abandonné. Le texte peut encore être soumis à l’examen des députés en séance plénière. Le gouvernement conserve ainsi la possibilité de défendre son projet et de tenter de convaincre la majorité parlementaire en apportant des réponses aux préoccupations soulevées.
En cas de persistance du blocage, l’exécutif pourrait également engager sa responsabilité devant l’Assemblée nationale sur le vote du projet de loi de finances, conformément à l’article 86 de la Constitution sénégalaise. Cette procédure permettrait l’adoption du texte, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les conditions constitutionnelles prévues.
L’issue de ce désaccord entre le gouvernement et sa majorité parlementaire sera particulièrement suivie. L’adoption du budget rectificatif représente en effet un enjeu important pour la gestion des finances publiques du Sénégal, mais également pour les discussions engagées avec le Fonds monétaire international (FMI).
Henriette Mara pour www.vision224.com

