Le projet de modernisation du transport urbain à Conakry suscite de nombreuses interrogations. Si l’ambition des autorités de trouver une réponse durable aux difficultés de mobilité dans la capitale guinéenne est louable, le processus devant conduire au choix du futur mode de transport mérite, lui, d’être davantage documenté.
Dans les déclarations du ministre, rien ne permet pour l’instant d’établir qu’une étude de faisabilité approfondie ait précédé l’orientation vers un système de tramway ou de BRT. Or, un investissement d’une telle ampleur devrait normalement s’appuyer sur une analyse rigoureuse prenant en compte les coûts d’investissement et d’exploitation, la capacité de transport, la rentabilité, l’impact environnemental, les contraintes techniques du terrain ainsi que la demande réelle de déplacements des populations.
Le fait que l’arbitrage entre le tramway et le BRT soit encore en cours montre d’ailleurs que le choix technique n’est pas totalement arrêté, alors même que des « études d’aménagement » sont présentées comme achevées.
La nécessité d’un véritable plan directeur
Au-delà du choix du mode de transport, une question fondamentale se pose : Conakry dispose-t-elle d’un véritable plan directeur de transport urbain ?
Un tel document devrait permettre de dresser une analyse précise de l’offre et de la demande en matière de mobilité : origine et destination des déplacements, flux aux heures de pointe, mouvements entre les différents quartiers, saturation des axes routiers et capacité actuelle des infrastructures.
Il devrait également permettre de hiérarchiser les solutions en fonction des besoins à court, moyen et long termes.
Sans cette vision globale, chaque nouvelle annonce risque de rester une réponse ponctuelle à un problème structurel. Or, la mobilité urbaine ne peut être traitée efficacement par une succession de projets isolés. Elle nécessite un système cohérent dans lequel les différents modes de transport sont complémentaires.
La configuration particulière de Conakry mérite également d’être davantage prise en compte. La capitale guinéenne est une presqu’île étirée le long de la mer. Cette caractéristique géographique pourrait ouvrir la voie à une solution encore peu évoquée : le transport maritime urbain.
Un système de « bateau-bus », avec des stations stratégiquement implantées autour de la ville et reliées à un réseau de bus bien organisé, pourrait constituer une alternative ou un complément aux transports terrestres.
Ce modèle est déjà utilisé dans plusieurs villes côtières à travers le monde. Il permet notamment de contourner certaines contraintes liées à la congestion routière et pourrait, selon les caractéristiques du projet, présenter des coûts d’investissement et d’exploitation inférieurs à ceux d’une infrastructure lourde comme un tramway.
Rien ne permet toutefois d’affirmer que cette option ait été sérieusement étudiée, comparée aux autres solutions ou écartée sur la base de critères objectifs. C’est précisément ce type d’analyse qui devrait figurer dans une étude globale de mobilité.
Une vision systémique plutôt qu’un choix isolé
Moderniser le transport urbain à Conakry est aujourd’hui une nécessité. Les embouteillages, l’insuffisance des transports collectifs et la croissance rapide de la population imposent des réponses ambitieuses et durables.
Mais la réussite d’un tel projet dépendra moins du choix entre tramway, BRT ou autre mode de transport que de la qualité du processus qui conduira à cette décision.
Avant de mobiliser d’importantes ressources publiques, il apparaît donc indispensable de disposer d’une étude de faisabilité complète, d’un plan directeur de transport urbain et d’une comparaison objective de toutes les solutions possibles, y compris le transport maritime.
Conakry a besoin d’un système de mobilité pensé dans sa globalité, avec des solutions adaptées à sa géographie, à sa démographie et aux réalités économiques des populations. C’est à cette condition que le futur réseau de transport pourra dépasser le stade des annonces et devenir une véritable réponse aux défis quotidiens des habitants.
Henriette Mara www.vision224.com

