CONAKRY, 23 septembre 2026 – Comment mieux identifier les victimes de la traite des êtres humains, renforcer leur prise en charge et améliorer la réponse judiciaire ? Ces enjeux sont au cœur de l’atelier national de restitution des études, de validation et de planification opérationnelle du projet PROTECT, ouvert mercredi à Conakry.
Durant deux jours, des représentants des institutions guinéennes, des partenaires techniques et financiers, des organisations internationales ainsi que de la société civile examinent les résultats de trois études portant sur la traite des êtres humains, la chaîne pénale et la dimension de genre.
L’objectif est de confronter les conclusions des études aux réalités vécues par les acteurs de terrain, afin de consolider les recommandations et de définir les actions prioritaires à mettre en œuvre en Guinée.
Financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, le projet PROTECT intervient dans cinq pays du Golfe de Guinée : le Bénin, la Guinée, le Nigeria, la Sierra Leone et le Togo. Il vise notamment à renforcer les capacités des institutions et des professionnels engagés dans la prévention de la traite, la poursuite des auteurs et la protection des victimes, tout en favorisant la coopération régionale.
Des chiffres qui illustrent l’ampleur du phénomène
Les données présentées lors de l’ouverture de l’atelier témoignent de l’importance des besoins. Selon les chiffres communiqués par Julien Lecas, Premier conseiller à l’ambassade de France en Guinée, 114 cas de traite ont été enregistrés en 2025, contre 85 au cours du premier trimestre 2026.
Entre 2021 et 2025, le Comité national de lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées (CNLTPPA) indique avoir offert un dispositif de protection à 6 805 victimes, dont plus de 80 % seraient des enfants et des filles.
Pour les participants, la lutte contre la traite ne peut toutefois se limiter aux services de justice et de sécurité. La pauvreté, la déscolarisation, les inégalités de genre et certaines dynamiques migratoires peuvent contribuer à accroître la vulnérabilité des personnes. La circulation des réseaux et des victimes au-delà des frontières renforce également la nécessité d’une coopération entre les pays concernés.
Renforcer la chaîne pénale et la prise en charge
Les études présentées doivent permettre de mieux comprendre les différentes formes de traite observées en Guinée, les difficultés auxquelles sont confrontés les acteurs de la chaîne pénale ainsi que les besoins spécifiques des victimes.
La Guinée dispose déjà d’une législation spécifique relative à la lutte contre la traite des personnes. Les textes d’application sont, pour leur part, en cours d’élaboration.
Dans ce contexte, PROTECT entend accompagner les efforts nationaux à travers le renforcement de la coordination institutionnelle, des capacités des acteurs judiciaires et sécuritaires, de la collecte et de l’analyse des données, ainsi que des mécanismes d’orientation et de prise en charge des victimes.
Pour Aboubacar Sidiki Camara, président du CNLTPPA, le projet s’inscrit dans les priorités nationales et les orientations du Comité. Les recommandations issues de l’atelier devraient notamment contribuer à la révision du plan d’action national de lutte contre la traite des personnes.
La prise en charge des victimes constitue l’un des principaux axes de la démarche. Fatoumata Binta Diallo, cheffe de cabinet du ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités, a souligné que la réponse à la traite ne devait pas se limiter au démantèlement des réseaux et à la poursuite de leurs auteurs.
Elle doit également permettre aux victimes d’être accueillies, écoutées, protégées et accompagnées dans leur reconstruction.
L’accès aux soins, le soutien psychosocial, l’assistance juridique ainsi que la réinsertion sociale et économique figurent parmi les besoins identifiés. La responsable a également insisté sur la nécessité de transformer les engagements institutionnels en résultats concrets pour les personnes concernées.
À l’issue des deux journées de travaux, les participants devront s’accorder sur les recommandations à retenir et les interventions prioritaires à engager dans le cadre du projet PROTECT en Guinée.
La planification devra notamment renforcer l’articulation entre les services de justice et de sécurité, les structures de protection sociale, les services de santé, les collectivités territoriales et les organisations de la société civile.
Elle devra également intégrer les possibilités de coopération avec les quatre autres pays couverts par le projet.
L’ambition affichée est de parvenir à une feuille de route opérationnelle, fondée à la fois sur les résultats des études, les priorités nationales et l’expérience des acteurs engagés dans la prévention de la traite et la protection des victimes.
Henriette Mara pour www.vision224.com

