Le gouvernement guinéen entend s’attaquer à la cherté des infrastructures routières en misant sur la digitalisation des marchés publics et l’intelligence artificielle. Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a annoncé une réforme visant à renforcer la transparence dans la commande publique, à mieux encadrer les prix et à réduire les risques de fraude dans l’exécution des travaux publics.
Pourquoi le kilomètre de route coûte-t-il plus cher en Guinée que dans certains pays voisins ? C’est la question soulevée par le chef du gouvernement, qui juge cette situation difficilement justifiable au regard des ressources naturelles disponibles dans le pays.
« Un kilomètre de route en Guinée ne doit pas être plus cher qu’un kilomètre au Sénégal », a-t-il déclaré, rappelant que le pays dispose notamment d’eau, de latérite et de granit, des matériaux essentiels à la réalisation des infrastructures routières.
Pour Amadou Oury Bah, cette disponibilité des ressources devrait contribuer à réduire les coûts de construction, notamment en comparaison avec certains pays sahéliens confrontés à des contraintes naturelles différentes.
La digitalisation des marchés publics comme levier de transparence
Pour remédier à cette situation, le gouvernement mise sur la modernisation des mécanismes de passation des marchés publics. Avec l’appui technique du Rwanda, la Guinée a engagé un processus de digitalisation qui, selon le Premier ministre, doit être pleinement opérationnel à la fin de l’année 2026.
Ce dispositif reposera notamment sur une mercuriale des prix destinée à établir des références fiables pour les biens, les services et les travaux publics.
« Nous avons réussi à mettre en place, avec la coopération rwandaise, la digitalisation des marchés publics. Ce système sera totalement opérationnel à la fin de cette année, adossé à une mercuriale des prix robuste », a expliqué Amadou Oury Bah.
Le mécanisme intégrera les données de l’Institut national de la statistique (INS), ainsi que les évaluations de l’Administration et du contrôle des grands projets (ACGP) concernant les bâtiments et les infrastructures routières.
L’objectif est de disposer de références adaptées à la réalité du marché afin de mieux apprécier les coûts proposés dans les marchés publics et de limiter les écarts injustifiés.
L’intelligence artificielle pour mieux contrôler les prix
Au-delà de la digitalisation, le gouvernement envisage également de recourir à l’intelligence artificielle pour améliorer la fiabilité des données et renforcer le contrôle des prix appliqués aux projets publics.
« Il faut intégrer les nouvelles technologies pour garantir une meilleure fiabilité et une parfaite conformité des données que nous utilisons », a souligné le chef du gouvernement.
Cette approche doit permettre de repérer plus facilement les anomalies et les incohérences dans les évaluations, tout en réduisant les risques liés aux interventions humaines dans la gestion de la commande publique.
« Le facteur humain est essentiel, mais il peut être source d’influences positives comme négatives. Il faut désormais un mécanisme objectif et impératif qui signale automatiquement ce qui n’est pas conforme », a-t-il insisté.
Réduire les coûts et renforcer les compétences
Pour les autorités guinéennes, cette réforme ne se limite pas à une simple modernisation administrative. Elle vise également à améliorer l’utilisation des ressources publiques et à renforcer les capacités des agents chargés de la gestion des marchés publics.
L’intégration des nouvelles technologies devrait ainsi s’accompagner d’un renforcement des compétences des ressources humaines appelées à utiliser ces outils.
Reste désormais à traduire ces ambitions en résultats concrets sur le terrain. La réduction effective du coût du kilomètre de route dépendra notamment de la qualité des données de référence, de la rigueur des contrôles et de l’application des nouvelles règles dans l’attribution et l’exécution des marchés.
À travers cette réforme, le gouvernement affiche sa volonté de mieux maîtriser les dépenses d’infrastructures et de faire de la transparence un levier de rationalisation des investissements publics en Guinée.
Henriette Mara www.vision224.com

