Bissau, 2 octobre 2026 — Le retour d’Umaro Sissoco Embalo en Guinée-Bissau est compromis. La junte militaire au pouvoir depuis dix mois a estimé, jeudi 1er octobre, que les « conditions de sécurité » n’étaient pas réunies pour garantir le retour de l’ancien président, actuellement en exil au Maroc. Une décision qui intervient alors que ce dernier a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle prévue le 6 décembre prochain.
Dans un communiqué publié vendredi 2 octobre et largement relayé par la presse locale, Umaro Sissoco Embalo a pris acte de cette décision tout en appelant ses sympathisants au calme. L’ancien chef de l’État envisageait de rentrer au pays dimanche 4 octobre, après avoir officialisé sa candidature en début de semaine.
Cette décision de la junte suscite des réactions contrastées sur la scène politique bissau-guinéenne. Si les opposants à Umaro Sissoco Embalo affichent leur satisfaction, certains observateurs y voient un signe de distanciation entre les militaires et l’ancien président. Un connaisseur de la vie politique du pays qualifie cette décision de « camouflet » pour l’ex-chef de l’État, estimant qu’elle témoigne de la volonté de l’armée de consolider son emprise sur le pouvoir.
De leur côté, les forces de l’opposition accusent depuis plusieurs mois Umaro Sissoco Embalo d’avoir orchestré le coup d’État militaire de l’année dernière afin de dissimuler sa défaite électorale et de préparer son retour aux affaires. Des accusations que cette décision de la junte ravive dans le débat politique national.
Parallèlement, le désarmement de la garde rapprochée de l’ancien président est également salué par plusieurs organisations de la société civile et des responsables de l’opposition. Selon plusieurs sources, entre 60 et 80 membres de son dispositif de sécurité auraient été remplacés au lendemain de l’annonce de sa candidature à la présidentielle.
Cette réorganisation intervient dans un climat de tension, marqué par des mouvements au sein de la garde présidentielle qui avaient provoqué un début de panique dans la population. Le ministère de l’Intérieur avait alors tenté de rassurer les citoyens, présentant ces changements comme de simples réaffectations au sein de l’armée.
Au-delà de ces mesures, la décision de la junte soulève des interrogations sur l’évolution des rapports de force au sein de l’appareil politique et militaire. Pour certains analystes, elle pourrait constituer le premier signe d’une recomposition politique en cours.
Cette hypothèse est notamment alimentée par la promotion de neuf officiers à des grades supérieurs, annoncée vendredi 2 octobre par le président de la Transition, le général Horta Ntam. Parmi les officiers concernés figure le chef d’état-major des forces armées, le général Tomas Djassi, présenté par plusieurs sources comme l’un des principaux acteurs du désarmement des forces de sécurité d’Umaro Sissoco Embalo.
Dans ce contexte, l’avenir politique de l’ancien président apparaît de plus en plus incertain. Son projet de retour au pays et sa candidature à la présidentielle du 6 décembre se heurtent désormais à une situation politique et sécuritaire en pleine évolution.
Tous les regards se tournent également vers le Premier ministre de la Transition, Ilídio Vieira Té. Ancien ministre des Finances sous Umaro Sissoco Embalo et ancien directeur de sa campagne électorale de 2025, il vient de créer une nouvelle formation politique.
Vendredi 2 octobre, il a lancé sur les réseaux sociaux un appel à l’unité nationale et à la paix, sans faire directement référence à l’interdiction de retour de son ancien mentor.
Alors que la Guinée-Bissau traverse une nouvelle phase de turbulences politiques, les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour l’avenir de la Transition et la perspective de l’élection présidentielle du 6 décembre. Entre tensions au sein des forces armées, repositionnements politiques et incertitudes autour du retour d’Umaro Sissoco Embalo, le pays reste confronté à de nombreuses inconnues.
Saloun Touré www.vision224.com

