Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) est sorti de son silence concernant l’incarcération de deux personnes poursuivies dans une affaire opposant Ecobank Guinée SA à plusieurs acteurs judiciaires. Cette prise de position intervient alors que la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée a évoqué une possible cessation d’activités en réaction à l’incarcération de certains de ses membres.
Selon le parquet spécial, la procédure fait suite à une plainte déposée le 16 juin 2026 par Ecobank Guinée SA. La banque dénonce des faits présumés d’escroquerie au jugement, de faux et usage de faux, ainsi que d’usurpation de titre et de fonction.
Trois personnes sont citées dans cette affaire : une avocate, un huissier de justice et un individu présenté comme clerc d’huissier. D’après les explications du ministère public, les premières investigations auraient révélé que ce dernier aurait accompli des actes sans disposer de la qualité légale requise, notamment dans le cadre d’une procédure de saisie-attribution ultérieurement déclarée nulle par la justice.
Le parquet affirme que, malgré cette annulation et l’ouverture d’une procédure de liquidation des biens du débiteur principal, des démarches judiciaires auraient été poursuivies. Celles-ci auraient finalement conduit à la condamnation d’Ecobank Guinée SA au paiement de plusieurs millions de dollars.
Estimant disposer d’indices « graves et concordants », le parquet spécial a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF).
À l’issue des investigations, deux personnes ont été déférées devant la CRIEF. Elles ont ensuite été placées sous mandat de dépôt dans le cadre d’une procédure de flagrant délit, conformément au Code de procédure pénale, avant leur présentation à la juridiction compétente.
Pour le ministère public, la gravité des faits présumés justifie cette mesure, compte tenu des risques d’atteinte à la foi publique et à la sécurité juridique. Les accusations formulées restent toutefois soumises à l’appréciation de la justice, dans le respect de la présomption d’innocence.
Le parquet dénonce une démarche « corporatiste »Face aux menaces de cessation d’activités évoquées par les représentants des huissiers de justice, le parquet spécial adopte une position ferme. Il qualifie cette démarche de « corporatiste » et estime qu’elle pourrait viser à entraver l’action judiciaire.
Le ministère public tient à préciser que les poursuites engagées concernent des personnes nommément identifiées et non l’ensemble de la profession des huissiers de justice. Il rappelle, à cet égard, le principe de la responsabilité pénale personnelle, selon lequel chacun répond de ses propres actes devant la loi.
Le parquet spécial souligne également que les privilèges et immunités de juridiction ne peuvent, selon les textes en vigueur, être opposés à la CRIEF pour faire obstacle aux poursuites relevant de sa compétence.
Dans son communiqué, le parquet spécial réaffirme sa détermination à conduire cette procédure à son terme, tout en garantissant le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence.
Il assure qu’il ne cédera à aucune pression et invite les différentes parties à privilégier les voies légales pour faire valoir leurs droits. Le ministère public appelle enfin l’opinion publique à se référer exclusivement aux canaux officiels pour toute information relative à cette affaire.
Alors que cette procédure suscite des tensions entre les autorités judiciaires et les représentants des huissiers de justice, la suite du dossier sera déterminante pour établir les responsabilités éventuelles et éclaircir les circonstances ayant conduit à la condamnation d’Ecobank Guinée SA.
Henriette Mara pour Vision224.com
