Le ton est à la fois solennel, exigeant et empreint d’une profonde inquiétude. Fidèle à son rôle de boussole démocratique, le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG) est sorti de son silence ce vendredi 31 juillet 2026.
Dans une déclaration officielle signée par son président, Gabriel HABA, l’organisation dresse un état des lieux sans concession des réalités qui traversent la nouvelle Cinquième République.Si le retour à l’ordre constitutionnel nourrit un réel espoir au sein de l’opinion, les zones d’ombre qui planent sur les libertés publiques, la gouvernance et la justice sociale risquent, selon le CNOSCG, de fragiliser un édifice démocratique encore convalescent.
L’organisation reconnaît d’abord les avancées enregistrées ces derniers mois. L’adoption de la nouvelle Constitution, la tenue des scrutins présidentiel, législatif et communal, ainsi que la mise en place du nouveau Gouvernement sont saluées comme des signes de maturité politique du peuple guinéen. Mais ce satisfecit reste immédiatement tempéré par une interrogation de fond : que vaut une démocratie si la voix des citoyens se trouve progressivement étouffée ?Le premier signal d’alarme porte sur le rétrécissement de l’espace civique.
Gabriel HABA dénonce avec fermeté les blocages administratifs entourant l’octroi et le renouvellement des agréments des organisations de la société civile. Pour le CNOSCG, ces obstacles ne relèvent pas de simples lenteurs bureaucratiques ; ils constituent une menace directe contre la participation citoyenne et le contrôle démocratique.Un espace civique ouvert est un facteur de stabilité, de cohésion sociale et de développement », rappelle le communiqué.
En affaiblissant les associations, prévient l’organisation, le pouvoir fragilise le premier rempart contre l’arbitraire et l’exclusion.Le diagnostic économique et moral formulé par le CNOSCG n’est pas moins sévère. Malgré les promesses de rupture et les réformes annoncées, l’organisation pointe les défaillances persistantes de la gouvernance financière. Elle réclame une transparence totale et une redevabilité stricte dans la gestion des deniers publics, avec une attention particulière portée au secteur minier.
Pour la société civile, les richesses du sous-sol guinéen ne doivent plus profiter à une minorité, mais devenir le moteur d’une « prospérité véritablement partagée ». La lutte contre la corruption, insiste le CNOSCG, ne peut plus se réduire à des effets d’annonce ou à des discours politiques ; elle doit produire des résultats concrets et mesurables dans la vie quotidienne des citoyens.
Au-delà des équilibres institutionnels, c’est surtout le sort des plus vulnérables qui donne à cette déclaration une portée particulièrement poignante. Le CNOSCG exprime sa profonde détresse face à la recrudescence des violences basées sur le genre (VBG) au sein des communautés guinéennes.L’organisation appelle le Gouvernement à faire de ce combat une priorité nationale absolue. Briser le cycle de l’impunité, garantir une prise en charge digne des survivantes et sanctionner sévèrement les auteurs de violences figurent parmi les exigences immédiates formulées par la société civile. Les femmes, les jeunes filles, les personnes vivant avec un handicap et la jeunesse guinéenne ne doivent plus, selon elle, demeurer à la marge des priorités publiques.Le message adressé aux autorités est sans ambiguïté : il n’y aura pas de paix durable sans un dialogue permanent, inclusif et institutionnalisé entre l’État et les forces vives de la nation. Refuser l’écoute mutuelle, avertit le CNOSCG, reviendrait à ouvrir la porte à l’instabilité et à la défiance.En réaffirmant sa volonté d’accompagner les autorités avec une « responsabilité exigeante », Gabriel HABA place le nouveau Gouvernement face à ses responsabilités historiques.
Pour le président du CNOSCG, la Guinée se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : choisir une gouvernance inclusive, transparente et réconciliée avec ses citoyens, ou s’engager dans une logique de repli autoritaire.Le peuple guinéen, conclut implicitement la déclaration, ne se contente plus des promesses. Il observe, il juge et il attend désormais des actes capables de transformer l’espoir démocratique en réalité durable.
Henriette Mara www.vision224.com

